Jean-Yves Stoquer, La réparation de sinistres dans le bâtiment, un secteur qui a beaucoup évolué

La législation et la bonne attitude à avoir au sujet des sinistres qui touchent les bâtiments sont des questions qui posent problème : il faut le plus souvent que le sinistre survienne pour qu’une véritable réaction soit prise. En France, la canicule de 2003 a servi de déclencheur, après avoir causé des dommages considérables et mis particulièrement à mal les compagnies d’assurance qui n’avaient pas anticipé la catastrophe. Le secteur du bâtiment, et plus spécifiquement la réparation des sinistres qui touchent ce secteur, ont évolué, et de nouveaux experts sont apparus. Jean-Yves Stoquer est l’un d’entre eux…

La canicule de 2003, des dommages considérables pour la France

Pour les européens, l’été est le plus chaud jamais observé depuis 1950. Si ce que l’on a appelé plus tard « la canicule d’août 2003 » ou plus simplement « la canicule de 2003 » a à ce point marqué les esprits et est considérée comme une catastrophe naturelle, c’est à la fois pour son intensité (records de chaleur battus dans plusieurs villes), pour sa durée (deux semaines entières) et pour son extension géographique (une bonne partie de l’Europe touchée, et en particulier la France). Dans plus de 70 des 180 stations météorologiques que comportent la France, il a suffi des 12 premiers jours d’août 2003 pour battre les records absolus de température maximale. Pour des chiffres plus précis, et surtout plus parlant, les deux tiers de ces stations ont indiqué des températures supérieures à 35°C à partir du 4 du mois, tandis que 15% du total des stations voyaient le thermomètre dépasser les 40°C. Image fondamentalement parlante, la Bretagne elle-même a dépassé les 40°C pour la première fois depuis que l’on a commencé à y mesurer les températures.

Les météorologues expliquent que les bases de cette situation sont classiques : l’été a amené des hautes pressions sur l’Europe de l’Ouest. Néanmoins, deux facteurs particuliers ont fini par rendre la situation exceptionnelle : d’abord, sa durée, jugée inhabituelle par les experts, et surtout le fait qu’elle ait amené de l’air du sud de la Méditerranée aussi bien en altitude que près du sol. Or, cet air est la fois très chaud et très sec, et couplé aux hautes pressions, a bloqué le passage des perturbations orageuses. Une situation qualifiée par les professionnels de la météo de « phénomène de blocage », qui a empêché les nuages, la pluie et les vents plus frais de circuler librement dans le pays. Et pas que dans le pays, par ailleurs : le Royaume-Uni, la Belgique, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Italie ont également été touchés par la canicule. Néanmoins, une seule région d’Europe a connu des chaleurs encore plus extrêmes que la France : l’Andalousie.

En priorité, le bilan humain a été particulièrement lourd. Les différentes sources d’estimations statistiques donnent des chiffres qui tournent autour des 15 000 décès supplémentaires durant les deux premières semaines d’août, donc probablement dus à la canicule. Le chiffre peut énormément varier, notamment par rapport aux annonces du gouvernement, qui avait d’abord annoncé 3000, puis 5000 morts, jusqu’aux pompes funèbres qui ont annoncé une surmortalité « susceptible d’être imputable à la canicule » qui s’élève à 10 000 victimes. Dans tous les cas, une hausse des décès importante, en majorité dans la population vieillissante (surtout les plus de 75 ans). La question est devenue un sujet de société si important que le Président de la République de cette époque, Jacques Chirac, et le maire de Paris, Bertrand Delanoë, assistent aux obsèques des victimes parisiennes de la canicule dont les corps n’ont été réclamés par personne.

D’autres conséquences pour la canicule de 2003

Dès cette époque, Jean-Yves Stoquer exerçait déjà en tant qu’ingénieur du bâtiment. Sa spécialité ? L’étude et les travaux de fondations spéciales dans ce secteur, via de multiples techniques comme les pieux, les micropieux, les injections, les reprises en sous-œuvre… C’est notamment les grosses compagnies d’assurance comme la MATMUT ou encore la MAIF qui font appel à lui, requérant son expertise pour évaluer les risques des différents terrains. En somme, les compagnies d’assurance ont besoin d’ingénieur compétent pour deux grandes possibilités : étudier les sols avant qu’un problème ne survienne pour établir les risques présentés, afin que les assurances puissent adapter leurs tarifs en fonction de la situation ; et évaluer voire superviser les travaux à mener lorsqu’un sinistre a eu lieu, afin de garantir la qualité de l’ouvrage et d’éviter de devoir recommencer. Rappelons que pour une assurance, moins de travaux sont nécessaires et mieux la compagnie se porte. Une prise de position qui va être mise à mal par la canicule.

Car dans les années 90, le risque de canicule n’est pas vraiment perçu, la France n’a pas connu de véritable catastrophe de ce type depuis un moment, et la question du réchauffement climatique n’a pas encore de place assez importante dans le débat public. Conséquence logique : les compagnies d’assurance indemnisent alors relativement bien les propriétaires de bâtiments sinistrés, en particulier dans le cas des mouvements de terrains (trop souvent uniquement associés aux tremblements de terre, exceptionnels et de magnitude plutôt faible en France) et des sécheresses (jugées marginales en France). Ces compagnies d’assurance vont subir de plein fouet la canicule de 2003, car au-delà du bilan humain déjà pesant, les dégâts sur les bâtiments sont également très importants. Tant et si bien que plus de 8000 communes se sont alors déclarées en état de catastrophe naturelle, et ce uniquement sur la base du nombre de bâtiments sinistrés. Le résultat n’était pas immédiat, il fallait parfois plusieurs mois pour réaliser les dommages causés, mais ils étaient bien là. Et la facture est lourde : entre 10 000 et 60 000 euros par maison, que les assurances ont été obligée de financer en grande partie. Le nombre de dossier à assurer et les sommes à rembourser étaient tels que de nombreuses sociétés d’assurance se sont alors déclarées défaillantes et que l’État a dû procéder à une intervention directe, prenant directement en charge l’indemnisation de nombreux sinistrés.

Comment la canicule a changé les missions de Jean-Yves Stoquer

Déjà bien implanté avant la canicule, l’ingénieur a vu son activité considérablement augmenté suite à cet événement. Pour comprendre, il faut réaliser que les sinistres ont touché en priorité les bâtiments implantés sur des terrains à risque, et notamment ceux avec une base en argile : cette dernière peut gonfler ou dégonfler un terrain à loisir, selon l’humidité, c’est donc un excellent matériau en temps normal mais une vulnérabilité majeure en cas d’inondation ou de sécheresse. Un comportement qui peut amener des fissures, voir des véritables glissements de terrain. La facture dépend du travail à accomplir : simplement remastiquer des trous et refaire la peinture, ou attaquer les fondations avec des micropieux pour remettre la structure en place depuis sa base… Soit la spécialité de M. Stoquer.

Dans le même temps, les constructeurs se sont mis à prendre de plus en plus de précautions. De plus en plus d’études géotechniques préalables sont désormais requises, ainsi que des études de sol qui préparent aux projets de construction à venir. En somme, les normes ont changé, les précautions se sont multipliées, il faut désormais prévenir les risques au maximum et entreprendre les travaux de renforcement avant qu’ils ne soient vraiment nécessaires. Les activités du spécialiste ont donc évolué avec la demande, avec une nette augmentation dans la part des micropieux utilisés sur les travaux neufs face à celle des constructions en réparation après sinistre. En somme, on ne fait plus appel à lui pour qu’il répare les dégâts, mais pour qu’il empêche les dégâts de survenir, un changement de démarche qui dénote d’un changement de mentalité dans la manière que la France a de faire face aux sinistres et aux catastrophes naturelles.

Toutes ces activités, si elles ont connu un moment de spécialisation suite à la canicule de 2003, sont néanmoins très diversifiées, car la variété des sinistres rend nécessaires la diversification des compétences. Par exemple, il a été dit précédemment que l’argile était également vulnérable aux situations où le taux d’humidité est très élevé : un nombre important d’ouvrage a été nécessaires après les inondations importantes qu’ont connu la Somme et l’Oise, en 2001 : des caves se sont effondrées, des sols en remblais ont été tassés, etc. Et il existe un grand nombre de terrains instables, pour lesquelles les fondations spéciales, que maîtrise désormais parfaitement M. Stoquer, sont nécessaires. En ligne de mire : la région parisienne, dont la quantité de très importantes de zones d’activités a rendu de nombreux sols instables, et où les terrains les plus favorables ont déjà été bâtis, ne laissant que des emplacements où les fondations spéciales sont nécessaires. C’est là que l’ingénieur opère le plus souvent, quoi qu’il soit capable de se déplacer dans toute la région. Son activité gagnerait à être mieux connue du grand public, car la prévention des sinistres est l’affaire de tous, et que de nombreuses personnes ignorent qu’elles habitent sur un sol potentiellement instable.

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